GOOGLE STREET VIEW


J’ai commencé à m’intéresser à Google Street View (GSV) en 2009. L’intérêt  du système  photographique de Google est de délivrer une image sans « point de vue » totalement mécanisée et aléatoire, que l’on pourrait dire « neutre » (au sens employé par Barthes  d’un « apparent » renoncement au sens) et cela sur une échelle géographique impressionnante. De la Street Photography sans photographe en quelque sorte. Se trouve ainsi disponible une masse de photographies  qu'il est possible de s'approprier pour les isoler, les modifier, les assembler, les retravailler en les détournant de leur destination initiale (la fonction web de guide photographique). Il s’est ainsi développé assez vite, à partir de 2008, une petite communauté d’artistes qui se sont emparés de ces images et qui en ont perçu le potentiel esthétique. Quelques exemples parmi d’autres : Michael Wolf qui utilise les photos de GSV en y intégrant les jeux de repères et de lignes de direction,  Edgar Leciejewski avec un travail particulier sur le hiératisme des personnages googlisés, le projet 9eyes de Jon Rafman, ou encore les installations de Obert Hewlett et Ben Kinsley qui détournent le projet de GSV lui-même en  préparant des scènes qui seront ensuite saisies par les Google cars. 

Je me suis moi aussi plongé dans GSV, à la recherche de quelques instants décisifs saisis par ces nouveaux Cartier-Bresson mécanisés. Quelques exemples sur le territoire parisien :
Couple de vieux sur un banc du bois de Boulogne, Arrêt d'autobus, Cabine téléphonique, Le Baiser place Saint-Michel (qui détourne à distance et de manière totalement aléatoire  Le baiser de l'Hôtel de Ville de Doisneau), Mobylette boulevard Saint-Michel.



 








J’ai ensuite utilisé la dimension chronologique des prises de vue de GSV, en reconstruisant des séries de clichés successifs pris à 180° :
Carrefour Galerie Lafayette , à nouveau Le Baiser place Saint-Michel  mais cette fois-ci en intégrant le hors champ,  Vélo du Louvre











Il m’a enfin semblé intéressant de travailler les images de GSV mais à une échelle plus importante, pour constituer une sorte de fresque aléatoire du piéton parisien. La multiplication des images renforçant aussi l’aspect spectral des silhouettes dû au floutage des visages. J’ai d’abord cherché parmi les milliers d’images disponibles dans Paris, celles qui correspondaient aux critères que j’avais retenus. Parmi ces critères, ces piétons « regardant » les caméras de GSV, ayant conscience d’être pris en photos, mais qui échappent ensuite partiellement à celles-ci par le jeu du floutage. Au total, une sélection de 300 images dans un format de 140 x 140 cm.­






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